Comment organiser un atelier de co-création ?

dessin représentant une réunion
Rédigé par Philippe
15 janvier 2026

L’atelier de co-création est longtemps resté un atelier lié à l’UX research ou à la recherche de solutions de points spécifiques. Sans être un passage obligé pour toute création, il est devenu un outil important pour la réussite d’une bonne UX, par l’évolution des interfaces et produits numériques ainsi que de leurs utilisateurs.

Les ateliers de co-création ou co-design

L’atelier de co-création (également appelé atelier de co-design) est un type de workshop UX dans lequel sont regroupés les parties prenantes et les utilisateurs pour des séances de créations animées sous forme de différents brainstormings et dans une durée déterminée. Ces atelier font partie plus généralement d’une démarche de co-conception.

Quelles sont les bases d’un atelier de co-design ?

Un atelier est d’abord un lieu qu’il faut choisir en fonction de ce qu’on va y faire, le nombre de personnes, le temps qu’on va y passer, la forme de l’atelier (ludique, sérieux), etc.

Dans ce lieu propice à la collaboration, les participants ont un objectif commun qui est de proposer de nouvelles idées, résoudre une problématique, d’accomplir une création.

La dynamique du groupe des intervenants

Les différences de niveaux et de formations d’esprit de chacun donnent la richesse du panel. Experts, novices, curieux, femmes, hommes adultes ou enfants doivent être mélangés suivant les buts et les interfaces, pour favoriser l’émulation. Plus les points de vue et les expériences sont différents, plus l’émulation est forte.

La dynamique du groupe est confiée à un animateur garant de la créativité collective à travers sa bienveillance et son enthousiasme.

Le choix du panel des participants selon l’objectif du workshop

Il ne s’agit plus de coller uniquement aux personas, il faut aussi prendre en compte l’ensemble des notions culturelles et des interactions du produit.

Le choix du panel des participants est primordial dans le but qu’on se fixe. Il faut donc en premier lieu cadrer cet objectif pour en extraire les prérequis.

  • Exemple : la co-conception d’une application mobile destinée à l’international devra prendre en compte les diversités culturelles.
  • Autre exemple : un atelier de co-conception d’une interface web intégrant des critères élevés d’accessibilité devra impliquer des parties prenantes expertes et des utilisateurs concernés par ce critère.

Le panel doit donc être composé en fonction de l’objectif de l’atelier parce que les interfaces sont marquées par des codes qui impliquent les cultures et l’inclusivité de façon aussi simple que les couleurs et le sens de l’écriture.

Pour créer un produit numérique destiné à la France, aux USA et à la Corée du Sud, il faut donc des représentants de chaque pays.

Pour créer une appli mobile destinée aux jeunes parents, il faut des personnes qui montreront qu’on n’a qu’une main pour naviguer avec un bébé dans les bras.

Pour une appli transgénérationnelle, il faut mélanger les âges, etc. La réussite de l’atelier dépend de son panel de participants qu’ils soient issus des parties prenantes ou des utilisateurs.

Un panel pour des applis plus techniques

L’atelier de co-conception permet de se garantir de ces défauts basiques et très dommageables pour la conception. Il permet d’ouvrir un produit numérique au plus grand nombre d’utilisateurs, si toutefois ces utilisateurs sont représentés dans le panel des utilisateurs ou des parties prenantes des équipes de conception. Une grande organisation peut créer un atelier de co-conception inclusif et multinational sur ses propres ressources humaines.

C’est un atelier également très utile pour les applications métiers et B2B, car, ce qui est admis pour une appli internationale de e-commerce aux normes américano-occidentales peut apparaître rebutant pour une appli spécialisée étendue à plusieurs cultures.

Si le sens de lecture d’une appli métier internationale n’a pas été adapté pour les alphabets cyrilliques, chinois, coréens (hangeul) ou arabe, les partenaires ou clients de ces pays ne se sentiront pas accueillis et pris en compte, puisqu’ils percevront immédiatement que l’UX ne leur est pas adaptée et au pire, ils ne pourront pas lire certaines lignes ou certains chiffres.

5 conseils d’organisation

La forme et la coordination de l’atelier dépendent de sa finalité. Il faut donc garder un cadre méthodologique précis pour l’organisation de chaque atelier de co-design.

1 — Programmer son animation

Quelles sont les étapes du déroulé de l’atelier ? Il s’agit de choisir les moments de réflexion, de création, de repos, de restitution, etc. pour garder l’enthousiasme et la motivation. Les idées ou les concepts à produire impactent directement l’organisation. Plus les idées à produire sont complexes, plus le contexte d’un problème à régler est compliqué, plus il faut découper les périodes de travail et alterner les types d’ateliers. Brainstorming (sous différentes formes), chapeaux de Bono (tester, commenter les idées du brainstorming), prototypage, peuvent constituer 3 étapes pour la création d’une page d’accueil, d’un type de navigation, d’un chemin utilisateur.

2 — Structurer l’animation

L’animateur doit être prêt aux cycles de l’atelier. Des cycles courts (sprints) pour faire naître des pistes, des cycles longs en Brainwriting pour des développements. Un bon moyen d’être un animateur efficace est de créer une liste de verbes à utiliser pour mener l’action :

  • solder (les idées) ;
  • rebondir (sur une idée) ;
  • approfondir, ouvrir, etc. ;
  • segmenter une problématique ;
  • afficher, publier (les résultats, le cheminement).

schéma de gestion d'un atelier

3 — Diversifier la répartition

Si l’atelier est composé de designers, de graphistes, de développeurs, de clients et d’utilisateurs, il peut être efficace de séparer les groupes pour que chacun produise un résultat en accord avec ses pairs. Par exemple, pour définir l’utilisation des couleurs d’une marque sur un site, il est probable que les résultats soient différents.

schéma représentant l'utilisation des sous groupes en création

Ce regroupement va créer de la cohésion, car, soit les résultats sont proches et les participants se sentent soudés, soit les résultats sont différents et les participants comprennent leurs complémentarités (avec explications de l’animateur). Il va également rompre un rythme en créant des pauses.

4 — Tester l’atelier avec quelques représentants

Lorsque l’atelier est conçu, il est préférable de le tester avec quelques futurs participants. Cela permet d’en vérifier la logique de fonctionnement, de tester les futurs participants et de s’en faire des alliés. Ceux qui auront participé à l’élaboration de l’atelier seront enclins à le défendre de l’intérieur aux moments de doute ou de fatigue.

schéma représentant la simplification du langage en atelier de création

5 — Simplifier chaque question

Si l’intérêt est d’avoir des personnes de différents horizons, cela veut dire des niveaux de vocabulaire technique très différents. Il faut donc employer un langage simple et commun à tous. Cette simplification est également applicable au nombre de questions et aux nombres de réponses souhaitées (idées, concepts, prototypes). Il vaut mieux retirer une solution efficace que plusieurs embryons de réponses qui ne mènent à rien.

Différents types d’ateliers de co-création et leur pratique

Voici quelques ateliers des plus efficaces pour accélérer la création au sein d’une équipe.

L’atelier de storyboard collaboratif

Les participants créent un scénario visuel pour imaginer comment un utilisateur interagit avec le produit ou service. Raconter l’histoire et la dessiner en 5 ou 6 cases maximum.

Le point de départ est l’histoire qui commence par : « un utilisateur cherche… » « Un utilisateur veut… »

Exemple :

Un utilisateur cherche à acheter une paire de chaussettes.

  1. Il tape « chaussettes hommes » dans la case de recherche de « chaussettes.com » ;
  2. Il filtre : couleur : orange — matière : laine – hauteur : 30 cm ;
  3. Il compare les prix.
  4. Il achète.

Le storyboard parle de l’utilisateur, pas du design ! Les cases font apparaître l’essentiel des étapes du parcours, ce que l’utilisateur veut ou cherche. Chaque participant propose sa case ou son interprétation de chaque case. C’est là que se joue ce type d’atelier.

L’atelier « Lego Serious Play »

équipe de Lego Serious Play en équipe de co-créationLego Serious Play en équipe de co-création – IA

Utilisation de Legos pour faciliter la réflexion créative et la collaboration autour de concepts abstraits. C’est également un très bon outil de cohésion d’équipe et donc un facilitateur de l’atelier de co-création. L’utilisation de briques anonymes donne à chacun la possibilité de s’exprimer au même niveau.

Exemple simple :

Représenter le parcours utilisateur existant pour changer son mot de passe, en utilisant :

  • les briques hautes et stables pour ce qui est facile et clair ;
  • les briques colorées (hautes) pour les aspects positifs et la satisfaction ;
  • les briques basses de grises à noires pour les points de friction et les difficultés rencontrées.

Les différents types d’utilisateurs et leurs interactions avec l’application sont caractérisés suivant les personas par des figurines Lego.

Chaque groupe, chaque intervenant (à définir) construit son parcours et le raconte aux autres. Après synthèse, le groupe construit un parcours adéquat pour que chaque persona y soit à l’aise.

L’atelier de prototypage en équipe

Chaque groupe travaille ensemble pour créer un prototype tangible (physique ou numérique) d’une idée de solution.

L’intérêt de cet atelier dans la co-création est qu’il sorte les professionnels de leur zone de confort et d’habitude. Les utilisateurs et développeurs questionnent les designers par leurs propositions. L’objectif est de faire émerger de la nouveauté à partir d’un outil, le prototype, qui est généralement utilisé pour vérifier ou mettre en scène des hypothèses de travail.

Exemple :

Imaginer un prototype de réalité augmentée pour essayer des vêtements en ligne, avec le filtrage des tailles, la prise de photos par webcam, etc.

L’outil le plus ludique et collaboratif reste le papier crayon de couleur sur des cases formatées avec ciseaux et stick collant pour les montages. Les outils numériques collaboratifs de prototypages peuvent être utilisés pour les ateliers à distance.

Map Co-créative

Tableau collaboratif sur FigmaTableau collaboratif sur Figma — source Figjam

Cartographie collective de solutions en rassemblant des idées provenant des différents acteurs du projet.

Un des meilleurs outils pour faire émerger des idées : impliquer les clients dans la recherche de solution pour créer le parcours client à travers l’élaboration d’une carte.

Du Post-it à Figma, les outils de Mind Mapping sont nombreux, le tableau blanc est également un bon outil pour les groupes.

Les émoticônes de Figma sont un plus collaboratif qu’il faut utiliser avec bienveillance pour dynamiser l’équipe.

Exemple :

L’atelier peut s’appuyer sur des visuels plus concrets comme la carte d’une ville ou d’un pays pour créer le parcours d’un utilisateur de voiture électrique ayant besoin d’une station de recharge.

Faire apparaître les stations et… :

  • les tarifs ?
  • les puissances de charge ?
  • les marques des opérateurs ?
  • Filtrer par opérateur, par distributeur… etc.

Dans quel ordre et comment, sous forme d’icônes, des chiffres…

Quels sont les objectifs à atteindre par l’atelier de co-conception ?

Le premier but du workshop de co-design est de faire émerger des idées nouvelles pour un produit ou des solutions pour un problème particulier en rassemblant toutes les compétences avec les utilisateurs. Il a d’autres objectifs qu’il ne faut pas écarter.

Aligner les équipes de conception et de développement autour de l’UX

La présence d’utilisateur dans l’atelier a le même effet qu’un test d’UX Research grandeur nature.

Si l’atelier invite des utilisateurs sélectionnés qui ont abandonné leur achat parce que le processus de paiement est trop compliqué ou pas assez clair, leur poids dans la conception ajoutera de la valeur au travail de l’équipe. La résolution du problème sera également établie par un élément clair dans le parcours utilisateur :

  1. Proposer un éventail plus large des modes de paiement (portefeuilles électroniques, paiement en plusieurs fois).
  2. Afficher les frais de livraison dès le début du processus de commande.
  3. Simplifier le formulaire de saisie des informations de carte bancaire (enregistrement automatique des données pour les commandes suivantes).
  4. Sécuriser avec confirmation depuis l’app des banques.

Renforcer la cohésion d’un groupe ou la communication entre les équipes

L’atelier de co-design est un moment de rencontre et de découverte des parties prenantes autour d’un aspect précis du projet. Inclure toutes les parties prenantes augmente le sentiment d’appartenance au projet. Chacun partage son point de vue, utilise ses compétences et sa créativité.

La restitution

L’étape de l’atelier à ne pas oublier. Rien de plus frustrant que de ne pas savoir à quoi son travail et son temps ont été utilisés. La restitution doit avoir lieu au plus vite après l’atelier pour des questions évidentes de motivation, surtout si les solutions émises sont prises en compte.

Image à la UNE : Chef of ideas — Ihor Hedz – Dribbble